23 déc. 2012

[Interview] 1995


©Vincent Muller pour WAS Magazine

De passage à Strasbourg le 13 décembre 2011 dans le cadre du festival Paye Ton Noël 5 aux côtés de Jeru The Damaja et Ancient Mith, toute l'équipe de 1995 a répondu à quelques questions concernant leur tournée, leurs racines musicales, et ce qui allait être leur prochain EP, avant de quitter les loges pour régler les balances et préparer un concert mémorable.


YYF : Comment s’est passée votre tournée jusqu’à maintenant ? Un moment fort ?

Fonky Flav’ : Ouais le Bataclan c’était spécial, il y avait nos potes, nos familles, la salle était blindée, c’était vraiment une super ambiance.
Nekfeu : Au Bataclan on a essayé d’avoir des costumes, on a testé des choses qu’on n'avait encore jamais faites avant ; puis il y a eu d’autres moments forts, à  Marseille entre autres.
Fonky Flav’ : En fait ce qui est marrant dans cette tournée c’est qu’on a tenu tous les rôles ; notre métier à la base c’est pas runner, et du coup il y a des asymétries entre les salles où on se produit : un soir ça peut être 1600 personnes, genre à l’Aéronef à Lille, où t’as un son parfait, et le lendemain on va se retrouver en boîte avec deux enceintes de 300 Watts, à jouer pour 200 personnes et cinq micros avec des fils et c’est horrible ; du coup parfois c’est un peu ironique parce que les conditions ne sont pas exceptionnelles, mais au niveau de l’ambiance c’est jamais la même chose, c’est chaque soir une surprise ; là on arrive dans la salle, il y a des décorations de Noël, c’est dingue.
Nekfeu : On a joué dans une espèce d’abbaye, à Metz, je crois ?
Fonky Flav’ : Ouais, à Metz, c’était ouf, on découvre des trucs de dingue quoi.
Nekfeu : À Montreux, on a joué dans un chalet où il y avait un skate park, et tous les mecs du skate park sont venus nous voir. À Orléans aussi, une salle à la Scarface, archi-kitsch... Enfin voilà, chaque fois c’est différent, on a une bonne ambiance, des gens qui nous font bien rire…
Fonky Flav’ : Ce qui revient surtout à chaque fois c’est un public de ouf, une ambiance de dingue.


YYF : Parlez-moi un peu de vos racines musicales. Est-ce que vous avez toujours écouté du rap ?

Nekfeu : Moi j’ai toujours écouté du rap, mais j’ai eu un moment où, comme je ne m’y connaissais pas de ouf et comme je n'avais pas de grand frère, j’écoutais ce que je pouvais trouver, et donc au final je me suis vite lassé de ce qui se faisait, et par exemple en 2003-2004, je suis parti en colo avec des mecs qui écoutaient du rock. Et là j’ai commencé à écouter un peu de rock ; c’était l’ambiance que j’imaginais dans le rap, alors qu’à l’époque en 2003-2004, c’était un sale délire.
Areno Jaz : Moi je me suis mis à fond dans la musique par le rap, qui utilise des samples, des échantillons d’autres musiques variées, et c’est par ce biais-là que je suis rentré dans le jazz. Pour ma part je n'ai pas une culture musicale de dingue, mais ne je suis pas du tout bloqué rap.
Fonky Flav’ : Le fait de faire de la musique, de créer un disque et suivre une démarche ça t’ouvre l’esprit aussi. Tu as un oeil de musicien au final, et tu peux écouter un bon morceau de zouk et te dire « Wouah, ça a été bien posé ». Quel que soit le style, je vais penser à la structure, je vais penser au mix, etc.


YYF : Est-ce que certains d’entre vous ont pris des cours de musique, solfège, production ?

Nekfeu : Non, mais Alpha et moi on a fait un stage de musique qui a duré deux jours.
Areno Jaz : Moi j’ai fait de la flûte au collège, quatre ans. Sinon, je travaille ma voix dans ma salle de bain.


YYF : À partir de quel moment avez-vous commencé à apprécier ce que vous produisiez ?

Sneazzy : Alors franchement, moi j’ai encore du mal à kiffer ce que je fais. Mais je pense que le plus gros problème reste l’oeil objectif que tu dois porter sur toi ; je suis super exigeant et tout ce que je fais, je le trouve moyen.
Nekfeu : En fait ça t’énerve rapidement de sentir que quelque est en trop ou que quelque chose manque, parce que t’as vu naître le truc de A à Z, donc tu connais les détails, tu sais qu’à tel moment c’était pas très fou, etc.
Fonky Flav’ : Je suis plutôt content quand j’ai fini de travailler sur un texte, mais après je me retrouve face au problème de poser ma voix dessus, et ça bloque plus à ce moment-là. L’important, c’est qu’il y ai une progression : il y a un moment où tu peux ne pas être satisfait de ton truc, mais si tu sais pourquoi, si tu penses tout de suite pouvoir l’améliorer, c’est satisfaisant.
Areno Jaz : On a toujours été très durs envers nous-mêmes, on essaye toujours de rendre le texte suivant encore meilleur.
Fonky Flav’ : Mais ce n'est pas pour autant qu’on a un résultat parfait. Beaucoup de gens critiquent la qualité du mix de notre EP, et c’est une critique qu’on entend ; on sait qu’il y a des trucs qui sont améliorables, mais on essaye toujours de faire au mieux avec les moyens qu’on a.
Areno Jaz : C’est un plaisir aussi d’avancer, de rechercher la perfection en marquant des étapes sur ce chemin, sur lequel on pourra se retourner et se dire : « Ça c’était vilain » « Ça, c’était marrant », etc. Les gens peuvent assister à notre évolution aussi, parce que je me je dis qu’il y en a qui ont dû écouté la tape de Lo’ à l’ancienne sur le net, un truc qu’on essaye presque de cacher aujourd’hui, et qui ont du écouter notre maxi, les freestyles de NekfeuSneazzy et Alpha, des choses qui ne riment pas du tout pareil, les choses sont archi différentes.


YYF : Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Fonky Flav’ : On travaille sur notre second disque, qui s’appelle La Suite et qui va sortir tout début Mars. En parallèle, qu’on soit en tournée en Province ou à Paris, on travaille tous sur nos différents projets.
Areno Jaz : Et sur tout ce qu’il y a à côté aussi, la partie de l’ombre, la partie business et promo qui va avec. On est vraiment busy, on se donne à fond pour nos projets, du coup parfois ça devient chaud pour écrire. Moi avant j’écrivais parce que quand je n'écrivais pas je perdais du temps, maintenant j’écris quand j’ai du temps à perdre. Comme tout ce qui est à côté de la musique nous prend énormément de temps comme on fait tout nous-mêmes, c’est sûr que le temps pour la créativité en prend un coup.


YYF : Une chance de voir un jour sortir l’EP La Source en vinyle ?

Fonky Flav’ : L’EP est sorti en vinyle, mais il n’en reste plus beaucoup, pour les curieux il faut se rendre sur justlikehiphop.com. Dès le début on l’a sorti en vinyle parce que c’est un format qui nous convenait, et qui est traditionnel dans le monde du Hip Hop. La Suite sera également disponible en vinyle à la sortie de l’EP.


YYF : Est-ce que vous avez été approché par des labels ? Préféreriez-vous signer sur votre propre label ?

Fonky Flav’ : On est signé sur notre propre label, undoubleneufcinq (aujourd’hui UnNeufNeufCinq), et on participe tous aux différents rôles : on produit nos morceaux, on produit nos clips de A à Z, on coproduit notre tournée, notre merchandising. C’est tentaculaire, on touche à tout. On est accompagné par Polydor pour la distribution, un label d’Universal ; ce n'était pas le cas pour La Source mais ça le sera pour La Suite.


YYF : Les derniers albums que vous avez achetés ?

Areno Jaz : Le dernier album que j’ai acheté… C’était il y a très longtemps. Pour répondre à cette question, c’était le mien, je l’ai volé dans les poches d’un grippe-sou.
Fonky Flav’ : J’en achète toujours, mais ça fait super longtemps que je ne suis pas passé chez un disquaire. Moi je télécharge tout, et ce que je kiffe je l’achète.
Areno Jaz : J’en ai plus acheté depuis 2001, et le dernier que j’ai eu je l’ai volé à un sans-le-sou.


YYF : Un groupe à conseiller ?

Areno Jaz : Les groupes que tu devrais aller écouter c’est FIX PENSILL - Le sens de la formuleOl’Kameez.
Sneazzy : Big up la banlieue sale !
Areno Jaz : Pour le reste, regardez bien notre Facebook, tout notre entourage est dans les favoris.


Merci à Alpha pour sa disponibilité, à tout le posse pour sa gentillesse.
Merci au Molodoï et à Pelpass pour leur accueil.

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